Articles

Le Cocu Magnifique 8/20

Le temps de réaliser ce qui me prenait et déjà que Aïcha, flanquée de Saâdia, firent irruption dans la salle de bain. Elles savaient à quoi se tenir devant cette fantasmagorie, qui au fond ne leur apprenait absolument rien sur l’insuffisant vésical que j’étais, et surtout le parti, discursif, qu’il y avait à en tirer, les polémiques venantes, sur l’identité sexuelle des uns et des autres. - Curieux ! me lança Aïcha, Tu me rappelles la scène que je venais de décrire aujourd’hui même à mes étudiants en histoire des idées ! Tu sais la scène où Napoléon entrant en conquérant à l’Iéna, son célèbre chapeau sur la tête, le doigt sur la gâchette de son fusil et le pauvre Hegel qui ratiocinait depuis sa fenêtre sur la connotation historique à donner au spectacle qui s’offrait alors à lui et surtout sur les idées qui légitimeraient aux yeux du philosophe le doigt alors sur la gâchette… Elle le disait avec une satisfaction sur les lèvres telle que je dus, pour lui en ra...

Le Cocu Magnifique 7/20

En ce temps-là, je souffrais d’incontinence urinaire et cela me faisait ponctuer pratiquement toutes mes activités par d’impérieuses visites, plus ou moins longues, aux chiottes. Par trois reprises, je me le rappelle encore, j’avais dû interrompre la soutenance de ma thèse ce qui faisait dire au jury ainsi qu’aux mauvaises langues, Aïcha en tête, que le thème (un truc sur Dieu) me foutait sacrément la trouille ! Chose encore plus paradoxale pour un athée. Plus tard, quand je lui avais expliqué la raison, toute technique, que j’avais à me comporter ainsi, elle dût en convenir et reconnaître au mot « chiottes » une deuxième acception : mon champ magnétique. Elle en prit note et dès lors, ne se formalisait plus pour suggérer aux gens qui cherchaient à me voir d’aller jeter un coup d’oeil au petit coin, ma bonne adresse. Sauf que cette soirée-là, quand je l’avais laissée plantée devant le triptyque familial, le verre de whisky à la main, je croyais qu’elle mettrait « ça » encore un...

Le Cocu Magnifique 6/20

Je m’étais figé devant le triptyque un bon moment, me disant que c’était là la seule traduction possible qu’il devait y avoir à l’expression « couple évolutif » et allais même, dans ma petite satisfaction jusqu’à lui ajouter l’adjectif « plastique ». Je fus seulement intrigué par le fait que des trois portraits, le mien était en camaïeu, là où les deux autres étaient en couleurs et qui plus est, vives et chaudes. Comme je connaissais personnellement l’auteur, un ami peintre longtemps copiste dans un musée de Jérusalem, je dus revoir en ma faveur ce contraste : l’homme voulait m’auréoler de cette aura biblique, propre aux patriarches quand bien même je n’avais eu d’enfant… Ce devait être ma barbe, poivre et sel, qui dicta probablement au peintre ce choix somme toute achromatique. Aïcha, n’arrivant probablement pas à se former une idée de ce qu’était mon humeur du moment, vint me rejoindre, toute nue et toujours affligée du godemiché qu'elle dut remettre entre-temps. Elle se plan...

Le Cocu Magnifique 5/20

Il me semble que, rétrospectivement, Aïcha et moi nous constituions, rien qu'à nous deux un phénomène de transition. Aussi faut-il dire qu’au départ, nous aussi ambitionnons de former un couple inédit, par trop moderne et qui ne ferait pas nombre avec les autres couples qui lui préexistaient, plutôt quelconques parce que charpentés à la marocaine. Une fois devant l’adoule, Aïcha s’en était sentie lésée et dûmes revoir tous les deux à la baisse notre ambition première. L’adoule, me demandait de fixer à Aïcha des arrhées et des arriérés, comme une vulgaire bête dont il nous faudrait fixer le prix entre maquignons. Trop ! C’est trop ! Disait Aïcha en claquant la porte … j’ai dû lui emboîter le pas mais pour une toute autre raison. L’Acte de Mariage ainsi finalisé rétrécirait, à mes yeux, notre champ d’action en tant que mari et femme. La première restriction était, entre autres et quoique d’ordre technique, l’impossibilité d’en venir au Karrek Lato. Une technique sexuelle affectionnée...

Le Cocu Magnifique 4/20

Maintenant que j’y pense et avec le recul, force m’est de convenir au fait que c’était là une réaction plutôt impersonnelle, inauthentique et quelque peu romanesque pour l’homme que je croyais être alors : un homme du réel marocain. A vrai dire, je n’avais fait que reproduire, sans m’en rendre compte, un comportement qui tranchait avec le mien propre, pour lequel j'avais été conditionné depuis ma prime enfance et qui en principe, devait être autrement plus brutal, plus primaire à voir ainsi ma femme dans une posture ouvertement pédérastique. Le fait est que j’étais, longtemps après, la proie au remord comme si c’était moi l’auteur de cet écart de conduite et mon corps, trop hâve alors pour faire les frais de cette expérience ancillaire, maigrissait à vue d’œil et devenait pour ainsi dire comme une peau de chagrin. Car quoi de plus confondant pour un homme que de surprendre sa bourgeoise, non pas dans les bras d’un tiers, mais affligée d’un godemiché avec sa bonne … je commençais a...

Le Cocu Magnifique 3/20

Ainsi que je l’ai su par la suite, Zita n’était rien d’autre que la Sainte Patronne des bonnes et des domestiques. Saâdia ainsi rebaptisée à la roumi, probablement un 27 avril du calendrier grégorien, la présomption qui pesait alors sur Aïcha n’en devenait que plus lourde et même "peu catholique" pour une bourgeoise existentialiste. Je me disais qu’il me fallait juste aller jeter un coup d’œil dans la salle de bain où la bonne avait l’habitude de passer ses nuits pour confondre cet excès d’humanisme, mettre à faux cette déclaration d’amour et d’amitié …j’allais donc y jeter un coup d’œil quand je m’aperçus que la chambre des invités était encore allumée à cette heure tardive. J’ouvrai donc la porte et les mains m’en tombèrent, pris au dépourvu par le spectacle : la bourgeoise et la bonne, les deux à quatre pattes, acoquinées l’une à l’autre, un peu à la manière des coccinelles ! A ma vue, elles se désencastrèrent l’une de l’autre et pour les rassurer, je m’étais comporté...

Le Cocu Magnifique 2/20

(pour lire Le Cocu Magnifique 1/20) A vrai dire, je ne m’étais attardé sur le cas Camus que pour le réactiver plus tard, au cas où nous aurions à nous expliquer, Aïcha et moi. Elle ne pouvait rester insensible à cet argument massue, elle qui se flattait non pas d’être une fée de maison –et peut-on seulement y postuler quand on a à sa disposition une bonne à tout faire- mais sa coquetterie de femme était curieusement sa thèse de troisième cycle : Camus, Le Premier Homme , une thèse plutôt quelconque, qui allait passer inaperçue, n’étaient-ce deux détails que le hasard lui avait mis sous la plume : que certains intellectuels snobaient l’auteur de l’Etranger parce qu’il leur était parfaitement intelligible contrairement à son rival, Sartre, dont la pensée prêtait le flanc au flou et qui, deuxième détail, ne dût décliner le prix Nobel que par dépit, parce qu’Albert Camus en avait été gratifié le premier … Comment eût-on pu discerner d...